Da Le Monde del 14/09/2006
Originale su http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-812440@51-793285,0.html

Romano Prodi : "Une Constitution limitée aux grands principes"

Lors de la crise au Liban, l'Italie a retrouvé une place importante sur la scène diplomatique. Etait-ce une priorité pour montrer l'avènement d'un après-Berlusconi?
«Non, aucune envie de revanche ni de changement à tout prix. Mais un choix politique précis, répété au long de ma campagne électorale, en faveur du multilatéralisme, en ligne avec les Nations unies, et d'un effort pour une politique européenne commune. Le chemin sera long, mais c'est ça la politique italienne. Cela ne signifie pas une hostilité à l'égard des Etats-Unis. Quand j'étais président de la Commission européenne, nous avons collaboré sur la lutte antiterroriste et des projets comme Galileo [système européen de navigation par satellite]. J'ai affiché mon opposition sur un seul point : la guerre en Irak. Aujourd'hui, le moment est venu de recomposer une politique étrangère européenne, en amitié avec les Etats-Unis. Dans l'affaire du Liban, cela a été mon étoile Polaire.»

N'avez-vous pas craint une nouvelle division de l'Europe, notamment avec la position de la France?
«Le processus a été compliqué, mais il n'y a jamais eu de ligne divergente. Cette fois, l'Europe ne s'est pas divisée. J'ai eu peut-être le mérite d'aller de l'avant tranquillement, en attendant que les autres se décident, mais il n'y a jamais eu d'opposition avec la France.
Pour relancer l'intégration européenne, le ministre de l'intérieur, Giuliano Amato, a proposé la constitution d'un groupe de "sages".
Cette initiative, à laquelle je suis favorable, ne pourra pas proposer une nouvelle Constitution, mais elle sera utile pour rouvrir le débat, sachant que rien ne pourra se faire jusqu'aux élections françaises. Le débat politique peut être relancé, en particulier avec des propositions de principe, à l'occasion du cinquantenaire du traité de Rome le 25 mars 2007. A mon avis, il est possible de repartir du projet constitutionnel, mais très simplifié. La troisième partie ne peut être approuvée en l'état. J'irai personnellement vers une Constitution limitée aux grands principes. Mais il faut revoir aussi des aspects opérationnels. Depuis le passage de l'Europe des Six à celle des Quinze, la solidarité instinctive qui permettait de prendre des décisions à l'unanimité était déjà devenue difficile. Dans l'Europe à 25, puis 27, l'unanimité est le blocage absolu.

Etes-vous agacé par les critiques de la Commission européenne sur l'insuffisance de vos mesures d'économies dans votre projet de budget 2007?
«J'ai été professeur suffisamment longtemps. Maintenant que je suis dans la peau de l'élève, je comprends bien les erreurs que peut faire un professeur. Il faut avoir la même rigueur pour tous. Quand j'étais président de la Commission, je n'ai jamais caché mon opposition à la dérogation accordée à la France et à l'Allemagne. Je sais que j'ai une dette plus élevée que ces deux pays, que je dois me comporter de manière plus rigoureuse par rapport aux règles européennes. Je cherche d'ailleurs à introduire en Italie l'idée que ces règles ont un caractère contraignant. Car avoir une monnaie unique sans quelques règles économiques communes ne marche pas. Et je n'ai jamais caché mon scepticisme sur l'efficacité du processus de Lisbonne, parce que les comparaisons européennes et la bonne volonté ne peuvent servir de règles durables.»

Au-delà des comptes publics, comment comptez-vous remettre l'économie italienne dans le peloton de tête européen?
«C'est le point le plus difficile. L'Italie a des faiblesses énormes. L'évolution récente de la productivité a été mauvaise. Nous avons perdu presque toutes nos grandes entreprises. Nos 2 000 à 2 500 PME ont un bon potentiel, mais elles sont trop petites dans la mondialisation. Elles ont un problème de taille et d'innovation. Pour la recherche, nous avons pris exemple sur le plan Beffa [qui a créé l'Agence de l'innovation industrielle]. Nous allons baisser le coût du travail en diminuant les charges. Enfin, un effort portera sur le regroupement des petites entreprises, surtout familiales.»

Comment faire les "choix courageux" avec une majorité politique étroite?
«Certains choix sont difficiles, même avec une majorité confortable. Voyez l'Allemagne qui dispose d'une coalition très large. Les premiers actes de libéralisation que nous avons pris, touchant les pharmacies, les taxis, les professions libérales, etc., ne sont pas des mesures mineures. La coalition a été unanime. Il n'est pas dit qu'il y ait plus derésistances dans une coalition de plusieurs partis qu'avec un seul parti, mais composé de courants divers.»

En matière économique et sociale, la chrétienne-démocrate Angela Merkel pourrait tenir un langage proche du vôtre. Qu'est-ce qu'être de gauche en Europe?
«Nous sommes devenus le pays d'Europe le plus inégalitaire. Pour l'Italie, être de gauche, c'est rétablir une meilleure redistribution des richesses. De plus, il y a en Italie une évasion fiscale inconnue ailleurs. Berlusconi a pu déclarer que 40% des revenus des Italiens échappaient à l'impôt. Etre de gauche, c'est rétablir la justice dans la répartition de l'effort sans faire machine arrière sur le plan social; c'est rendre compatible le développement d'un pays avec le maintien des acquis sociaux.»

Comment définir des solidarités aujourd'hui dans un monde globalisé?
«Sur cet aspect, l'Union européenne est de gauche. C'est l'unique structure mondiale dans laquelle les zones les moins développées ont crû plus que les zones développées, grâce aux fonds structurels et à une politique régionale sérieuse. Un pays dépourvu d'infrastructures comme l'Espagne s'est transformé en pays ultramoderne grâce aux fonds européens.»

Le sud de l'Italie est un contre-exemple.
«C'est de notre faute. L'Italie n'a pas su profiter des Fonds européens. Ils ont été mal gérés, à part dans quelques régions peu connues comme la Basilicate ou l'Abruzzo. Nous devrons faire un grand effort pour changer, mais la première chose à faire est de reconnaître que nous avons gaspillé des moyens énormes.»

L'Italie se sent-elle victime du nationalisme économique français dans l'affaire GDF-Suez?
«Pour passer de la phase d'entreprises nationales à celle de champions européens, il faut un processus équilibré. Un pays ne peut pas être seulement le chasseur et un autre seulement la proie. EDF a 20 % du marché de l'énergie en Italie. Il serait de l'intérêt de la France que l'Italie puisse jouer un rôle dans l'émergence d'entreprises européennes, en particulier dans l'énergie. Nous comprenons qu'il faille laisser faire le marché, mais une asymétrie totale et continue n'est pas politiquement acceptable. La réaction de la France de créer GDF-Suez en réponse à l'offensive Enel reproduit cette asymétrie. La France aurait intérêt à gérer avec sagesse ce passage vers le marché européen.»

Sur les sujets de société comme le mariage homosexuel, que pensez-vous de l'évolution de l'Espagne de Zapatero?
«D'un pays à l'autre, les sociétés sont très différentes. En Italie, notre coalition a pris un autre chemin que la voie très radicale de Zapatero. Sur ces sujets, je ne vois pas à court terme la possibilité d'une politique européenne commune. Les choix sont liés à la culture, aux aspects religieux de chacun. Aux Etats-Unis, des Etats ont la peine de mort, d'autres non : cela ne remet pas en cause l'unité du pays.»

Le programme du PS vous semble-t-il adapté à l'Europe et à la mondialisation?
«La gauche française n'a pas une attitude homogène pro ou anti-européenne. Le rapport de la France à l'Europe est plus complexe que celui de l'Italie. Nous sommes européens par définition. La France était un pays moderne avant l'Europe. Sans l'Europe, l'Italie serait encore un pays rural et hors du monde. Il est beaucoup plus difficile pour la gauche française d'avoir un programme fortement européen. D'ailleurs, à droite aussi, l'attitude envers l'Europe est très différente à l'intérieur d'un même parti. Chez nous, c'est différent, l'entrée dans l'euro a été une telle satisfaction. Le pays sortait de sonexception et se mettait avec les autres. Même si Berlusconi a fait en sorte, par la suite, de dénigrer cet événement, cela a été un moment d'unité nationale.»
Annotazioni − Propos recueillis par Salvatore Aloïse, Jean-Jacques Bozonnet et Arnaud Leparmentier

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